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C'est à 35 ans et après avoir réalisé tous mes rêves que je me demande si je vais pouvoir m'en contenter

C'est à 35 ans et après avoir réalisé tous mes rêves que je me demande si je vais pouvoir m'en contenter

Vendredi j'ai eu 35 ans. La même semaine j'ai réalisé que j'avais deux fois 17 ans. Un peu plus même. Et ça m'a fait vraiment bizarre. Disons plutôt: ça m'a rendue triste.

17 ans, c'est l'âge que j'idéalise. Celui que je considère comme mon plus bel âge. J'habitais encore dans le sud de la France à l'époque, mais je m'apprêtais à le quitter et cela me donnait des ailes. C'est l'année où j'ai passé le baccalauréat, les doigts dans le nez. L'année où je me régalais de tous les cours dans cette petite classe d'une quinzaine d'élèves. L'année où j'aimais la plupart de mes profs, qui me le rendaient bien. Où mes profs me conseillaient pour un avenir qu'ils pensaient prometteur. 17 ans c'est aussi l'âge du grand amour, du plaisir sensuel, interdit. L'année du théâtre enfin, j'aimais tellement m'exprimer sur ces planches. 17 ans c'est l'âge, le dernier moment, où j'ai cru que tout était possible pour moi. Le reste n'a été qu'une douce dégringolade vers l'absence de grandeur.

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La plupart des personnes qui m'ont connue à cette époque auraient sans doute imaginé mieux. Mais quand j'y pense, c'est surtout moi-même que j'ai déçue. Je suis heureuse au quotidien, la plupart du temps, vraiment. Malheureuse cependant quand je pense à tous ces rêves passés. Parfois je pense que ce n'est qu'une nostalgie passagère, un peu idiote, une absence de réalisme qui me poursuit. Je me dis que j'ai énormément de chance et savoure ma petite vie. Parfois frustration et regrets se mélangent, et je me dis qu'il faudrait vraiment que quelque chose change.

Je me suis toujours dit qu'il fallait absolument – absolument – trouver un travail stable, rencontrer l'homme de ma vie, me marier et avoir des enfants avant 35 ans. J'imaginais une espèce de barrière se refermer définitivement sur moi après cet âge. J'adore d'ailleurs le titre du roman de Romain Gary sur ce thème: "Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable". Je –Il- n'avais pas totalement tort finalement. En tout cas il me semblerait totalement incongru de tout recommencer maintenant. C'est sans doute ce qui rend cet anniversaire si spécial: cet âge là, ces objectifs en poche.

Avoir toutes ces choses que j'avais souhaitées plus ou moins consciemment –et avec bien peu d'originalité– est un immense bonheur, évidemment. Une chance dont j'ai conscience. C'est d'ailleurs pour ça que j'affirme si souvent que je préfère avoir trente ans que vingt. J'ai passé ma vingtaine à craindre ne jamais y arriver.

Vais-je devoir pour autant m'en contenter pour le reste de ma vie maintenant?

Je rêve de Paris et sature de ma province allemande.

Faire ce bilan la veille de mon anniversaire m'a donné les larmes aux yeux d'abord. Un mélange de déception, d'amertume et de regrets. Je me suis dit que je n'aurais jamais dû renoncer: à la politique, à un métier passion, à mon pays. Que j'avais peut-être trop sacrifié à ma famille et ma tranquillité finalement. Et puis j'ai pris un peu de recul, j'ai laissé décanter mes émotions. J'en ai discuté avec Ulrich et quelques amis aussi.

Depuis le début de mon congé parental, depuis le mois de juillet donc, je n'ai presque plus aucun contact avec mon travail. La première fois, pour Pierre, j'appelais souvent mon équipe, mes collègues, mon directeur, j'étais passée les voir même plusieurs fois. Cette fois je leur ai proposé timidement dans un mail de nous voir – en espérant secrètement que leur emploi du temps ne leur permette pas. Je fais l'autruche, j'essaie d'oublier que je devrais y retourner. Je me dis que j'ai encore bien le temps, d'ici au mois d'octobre... Alors je crois bien avoir mis le doigt dessus: le problème vient de là. De ce travail, de cet environnement qui ne me stimule plus du tout intellectuellement. Malgré toute l'amitié que je porte à mes collègues, et le sentiment désagréable de les trahir en écrivant cela, je ne crois plus pouvoir continuer à m'épanouir parmi eux. Humainement, si, bien sûr. Mais j'ai besoin d'autre chose.

Avec Ulrich nous nous sommes arrêtés sur deux grandes idées pour le moment. Surtout, avant tout, un changement de poste. Mais aussi, éventuellement, un possible déménagement à Düsseldorf. Düsseldorf, une vraie grande ville, avec des trains et des avions directs pour la France, une communauté française. J'ai été soulagée que mon mari l'envisage.

Je sais déjà, je suis presque sûre en tout cas, que le jour où je retournerai à mon travail, la simplicité confortable de mon quotidien me séduira à nouveau. M'empêchera de m'échapper. Qui peut encore rêver de nos jours d'un travail bien payé, sûr, où on ne vous en demande pas trop, où on vous encense pour le peu que vous faites, où vos collègues sont aussi vos amis, où on vous permet de vivre votre vie de famille comme vous l'entendez?

Mais j'espère aussi réussir à ne pas retomber dans le piège. Ou alors juste temporairement. J'aimerais d'ailleurs profiter de mon congé parental pour refaire mon CV, le mettre en ligne. Et pourquoi pas demander un changement de poste dès mon retour?

J'ai mis 17 ans à construire la famille dont je rêvais. Il va peut-être falloir penser au reste maintenant.

Ce billet est également publié sur le blog Die Franzoesin.

(Le nom de l'auteur a été modifié à sa demande)

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